Inoran plus sympa et à l'aise que jamais, excellentes chansons, Kuchibashi, image superbe

Note globale


Durée faiblarde du concert, des fausses notes monstrueuses au chant

Editeur : BS Fuji / Dino Publishers
Durée totale : 2 h 00

(PCM)

Image        NTSC

Documentaire sur la tournée (38 min non st)

D'un point de vue purement technique, rien d'exceptionnel, mais la réalisation quasi-parfaite, les couleurs et le grain "cinéma" la rendent extraordinairement classieuse. Une image pas parfaite, mais belle : on aime.
Toujours pas de 5.1 (lève les yeux au ciel), à la place une stereo à la Luna Sea, c'est-à-dire puissante, ample et communicative (comment ça, ça ne veut rien dire ?). On entendra super-bien les fausses notes d'Ino !
Que de bons morceaux, ce qui aurait pu valoir une excellente note si le concert avait duré un peu plus longtemps et que des morceaux de Sô avaient été présents. Et puis même : entre ses morceaux, ceux écrits pour Luna Sea, Fake ? et Tourbillon, c'est pas comme s'il manquait de matière.
Un road-movie qui évite le syndrome "les branleurs en tournée", ça mérite d'être signalé. On y trouvera quelques interviews probablement intéressantes mais ruinées par une prise de son à chier. On y verra aussi Inoran se faire avoir par un vilain câble très agressif.

Après cinq années passées dans son cocon, nourri par Fake? et Tourbillon, le quasi invisible mais indispensable guitariste de Luna Sea a fini par terminer sa métamorphose. De vilain petit canard timide n'osant pas ouvrir la bouche en public de peur qu'on l'entende, il est devenu un bôgosse qui a la classe et sait même faire rire une salle entre deux chansons. Si si, regardez-le, admirez les captures ornant cette sublime page (nos chevilles vont bien, merci) : il est beau ! Pour un peu, il pourrait faire du Ryuichi et tomber sa chemise.
Certaines métamorphoses sont assez hallucinantes. Qui aurait pu croire, suite au visionnage de son précédent live, que ce gentil garçon à la limite de s'excuser d'être là deviendrait un gars cool headbangant au premier rang avec son public ? Que s'est-il passé ? Selon toute vraisemblance, les quatre ans avec Fake? plus le détour par Tourbillon avec son ex-complice de Luna Sea ont fini par décoincer Inoran. Le voilà qui parle, rit, saute partout, et chante en faisant le show. Diantre ! On pourra même s'amuser à deviner lesquels des "gimmicks" de son jeu de scène actuel sont inspirés par Ken Lloyd ou par Ryuichi Kawamura, tant le mimétisme peut s'avérer troublant. La chemise blanche impeccable du second, les mouvements du premier. Histoire de ne rien gâcher, Ino en profite pour confirmer les immenses progrès vocaux effectué entre Fragment et Photograph, son dernier album (à l'époque). En résumé, il apparaît plus à l'aise, plus dans son élément, plus "in the mood", en un mot meilleur. Et par conséquent, il est moins bon. Arrêtez de me regarder comme ça, vous me faites peur.
Explication : il n'y a rien de pire qu'un mauvais chanteur quand il est à l'aise. Lorsqu'un mauvais chanteur flippe, qu'il est en stress, qu'il se pisse dessus de trouille, bref, qu'il a le trac, les chocottes, des noeuds dans l'estomac, une boule dans la gorge et les genoux qui s'entrechoquent au point de rester pendu à son micro tel un naufragé à son gilet de sauvetage comme le faisait Inoran sur The Last Night, il ne transpire peut-être pas le charisme, mais au moins il est CON-CEN-TRÉ. Ce qui signifie qu'il fait gaffe à ne pas se planter, quand bien même il ressemblerait à un écolier récitant une poésie apprise par coeur sous menace d'être privé de Wii. Non, plutôt de PS360, être privé de Wii c'est pas une punition.
Mettez-le à l'aise, laissez-le faire le fou sur scène et sauter partout tel un pois sauteur ou un bassiste japonais, et vous aurez alors le plaisir (ou pas) de l'entendre multiplier les plantages comme un vulgaire disciple de Nicolas le Jardinier. Voilà précisément le gros défaut de la performance d'Inoran sur ce nouveau DVD. Plus décontracté, plus mûr vocalement, il se montre sur album et dans ses bons moment en Live infiniment plus agréable à écouter que son précédent Live solo pour peu, bien sûr, qu'on aime les chanteurs au faible registre et à la voix nasillarde. Par contre, il se plante aussi beaucoup (beaucoup !) plus souvent, et quand c'est le cas, croyez-moi, c'est pas beau à entendre. Des fausses notes franches, nombreuses, maintenues, bien voyantes, à en fendiller la totalité de la dentition d'un Grand Requin Blanc (30000 dents en 25 ans), et à faire grincer jusqu'à celle du principal intéressé, qui nous gratifie sur Sô d'une superbe grimace signifiant, selon mon traducteur grimace-français, "argh, c'est moche et j'arrive pas à me rattraper".
Le résultat final est d'autant plus troublant, pour ne pas dire agaçant, lorsque l'on remarque que l'enregistrement vocal a fait l'objet de quelques overdubs relativement voyants. Le tic pris par Inoran consistant à balancer brutalement sa tête sur la droite à la fin de chaque phrase pardonne assez peu lorsqu'un overdub dure ne serait-ce qu'un tout petit poil plus longtemps que la prise d'origine. Le problème n'est cependant pas là : quitte à faire des overdubs, autant en profiter pour corriger TOUS les pains, non ? C'eût été mieux pour nos pauvres dentitions. M'enfin...
Ne boudons pas notre plaisir pour autant. Car les progrès réalisés par Inoran durant les 5 années séparant ses deuxième et troisième album solo ne se limitent pas au chant. Musicalement, Photograph est sans doute moins "novateur" que Fragment, mais il montre un Inoran capable de s'offrir en solo des chansons qu'il aurait, auparavant, préféré laisser à Luna Sea ou à Tourbillon. L'expérience Fake? lui a aussi appris à se lâcher. Dans son jeu de scène, on en a déjà parlé, mais aussi dans la nervosité de ses compositions. Un Lyrical Rampage n'aurait sans doute pas été envisageable à l'époque de Fragment, et je ne parle même pas de Sô. Sô dont la chanson titre a été réenregistrée pour Photograph, dans une version totalement différente : cette fois, il chante. Ça change.
Autre progrès, la technique. Non, ne rêvez pas, il n'y a toujours pas de 5.1 (je crois que les membres de Luna Sea n'ont toujours pas appris l'existence du multicanal). On bénéficiera par contre d'une image bien meilleure qu'avant. Le grain de The Last Night, un peu crade, devient ici diablement esthétique, tout comme les couleurs remarquablement agréables et une réalisation absolument parfaite tant chaque plan frise la perfection. Question jeu de scène, outre un Inoran nettement moins statique, on trouvera aussi de très jolies projections (quoiqu'un peu absconses par rapport aux chansons), et des petites conneries avec les musiciens, dont le fameux perdant au Janken (pierre feuille ciseau) condamné à faire un speech au public. Fallait bien remplacer le concours de "celui qui fumera le plus de clopes", le Japon ayant depuis 2001 passé le même genre de lois répressive que la France en la matière. Côté musiciens justement, pas beaucoup de surprises, on retrouve avec plaisir les mêmes à part le DJ-caméraman et le batteur tout deux embarqués de Fake? (le second paraît toujours être mort de fatigue dès la première descente de toms), et Toshihiro Nara à la basse est toujours aussi excellent.

Moins excellente, par contre, est la setlist. J'avais pardonné la relative brièveté de The Last Night par le faible nombre d'album (deux) alors à la disposition d'Inoran pour construire ses concerts, et aussi par la présence de nouveaux morceaux et de reprises. Cette fois, pas de nouveautés (Felicidad n'est pas une nouvelle chanson), pas non plus de surprises Luna Sea-esques, rien que des morceaux déjà connus, extraits uniquement de Photograph et Fragment. Moi, je veux bien pardonner à un artiste de faire un concert de moins d'1h30 quand il n'a que deux albums. Mais refaire un concert de moins d'1h30 quand il a trois albums et qu'il en zappe un complètement, ça passe moins bien. Heureusement, la sélection jouée est constituée d'excellent titres, dont ma chanson de l'année 2006 (Kuchibashi : tout ce qu'on peut aimer chez Inoran résumé en une chanson magnifique). Je resterais donc indulgent pour cette fois, mais c'est la dernière... Et j'espère que le DVD de la tournée Determine aura de bons arguments, parce que ce que j'ai vu de la setlist m'a fait commencer à aiguiser mes plumes les plus acérées... Inutile de s'affoler cependant, hors de question de bouder son plaisir : image superbe, chansons haut de gamme, artiste attachant (il n'a jamais paru aussi sympa, z'avez déjà vu un gars sur scène présenter son technicien chargé des lancements de samples ?), du bon, même s'il faudra parfois avoir le coeur bien accroché.


04-02-2008

13 octobre 2006 - Shibuya O'East (Tokyo)


01. Opening (Numb)
02. Identity
03. Won't leave my mind
04. Felicidad
05. Lyrical rampage
06. In Dy times
07. Room
08. Sô
09. Broken window
10. Kuchibashi
11. Can you hear it ?
12. STK
13. Come closer
14. Raize


Inoran - Chant, guitare   
   Sôichirô Omiya, Jûichi Watanabe - Guitare
Toshihiro Nara - Basse   
   Kaoru Noguchi - Batterie
DJ Bass - Platines, camescope