Depeche Mode - Remasters


Le soin absolu de cette édition ultime, définitive, jouissive en diable

Note globale


Jarre, U2, a-Ha, Buck-Tick, Genesis, Ange, Chick Corea, Yes, Thiéfaine, Tangerine Dream et j'en passe, qu'est-ce que vous attendez ?!?

Editeur : Mute Records
Durée totale : Beaucoup

 (96/24) - - (PCM)

Image        PAL

Voir ci-dessous. Bonne lecture.

Le rêve de chaque fan d'un groupe est de posséder son intégrale dans le meilleur état possible. Un beau son, des bonus, les paroles, bref, du collector, de l'édition limitée, du joli, du classe. Quand le dit groupe est mort, c'est plausible, mais ça n'arrive pas toujours, et on attend, on attend... Et quand le groupe n'est pas mort, on n'attend même pas. Pourtant, Depeche Mode l'a fait. Le pari était assez risqué, voire gonflé, mais ils l'ont tenté : ressortir de leur vivant une intégrale dans des conditions fastueuses.

Et quand je dis fastueuses, comme je vous connais maintenant, ça fait quatre ans qu'on se tutoie cher lecteur, je vais te dire pourquoi c'est fastueux. Double digipak classe. Livret avec toutes les paroles, plein de photos inédites, liner notes sans langue de bois. CD remastérisé, et ça s'entend franchement, doublé d'un SACD. Mixage 5.1 d'une qualité absolument fantastique, presqu'indescriptible, même pour le premier album. Des centaines (je ne plaisante pas) de détails révélés sur tous les titres. Mixage aussi disponible en 5.1 et en DTS sur un DVD vidéo tout bête mais très soigné, ainsi qu'un mixage PCM pour profiter du meilleur des deux mondes. Toutes les faces B, ou presque, de la période de chaque album. Des extraits audio live de chaque période aussi, quand ça existe (manque 1981 qui existe pourtant, mais bon...). Et puis aussi, surtout même serait-on tenté de dire, un documentaire rétrospectif sur chaque album, filmé magnifiquement en 16/9, avec des images d'archives inédites, donnant la parole à TOUTES les personnes ayant approché de près ou de loin Depeche Mode (à un détail près), et ces documentaires mis bouts à bouts sont simplement parmi ce que le "rockumentaire" peut faire de plus passionnant. De pures merveilles, sous-titrées en plusieurs langues s'il vous plaît.

Bref, sur le papier c'était idéal, mais nous sommes heureux de vous certifier que dans la réalité c'est tout aussi extraordinaire. Quand on dit que le son est fabuleux, c'est qu'il se situe parmi les tous meilleurs remixes 5.1 jamais sortis, là-haut au panthéon avec Pink Floyd, Porcupine Tree et Billy Joel, mais encore mieux. Quand on dit que le documentaire est excellent, c'est qu'il va vous clouer au siège, un peu comme un épisode de 24 : on trouve ça trop gros, pas crédible, trop poussé, et à la fin de chaque épisode on maudit le tiroir de notre lecteur DVD de ne pas aller plus vite pour changer la rondelle. Cette collection, un peu chère il est vrai, reste un des grands moments du rock des années 2000, et point plaisante ne-je. Vous devriez savoir désormais que quand on donne un 9/10, c'est déjà l'extase, merveilleux, indispensable. 10/10, c'est juste qu'il y a ce petit quelque chose de plus qui rend le tout important, artistiquement, techniquement, mais aussi historiquement. Croyez-nous sur parole, les remasters de Depeche Mode le sont.


SPEAK & SPELL

Le disque : Premier méfait, et disque entièrement ancré dans une new wave balbutiante avec des musiciens amateurs jouant d'un doigt sur des synthés morts-nés ou plus sous garantie deux mois après l'achat, pour cause de faillite du constructeur. Le résultat : du Heaven 17 / Human League en moins bien, du XTC en moins bien, et du OMD en aussi bien...qu'à l'époque, vous imaginez donc l'ampleur des dégâts. Deux tubes : New Life (un hit en concert) et l'ultra-culte et indigeste Just Can't Get Enough (pour reprendre une célèbre chronique : I can, you will. Et après on me dira que chroniqueur c'est pas de l'art !). Mais ce qui frappe, c'est que malgré l'absolue immaturité et l'amateurisme complet, nous avons un groupe qui écrit des mélodies (pourries mais elles sont là), qui change de son à chaque titre, qui écrit des paroles pas bêtes et qui possède une parfaite mise en place. Bref, un pur OVNI qui a ses détracteurs farouches et ses fans absolus, comme la pochette qui est cordialement haïe par le groupe, la maison de disques et tout ce qui gravite autour de Depeche Mode, et que votre serviteur adore et trouve belle et géniale. Premier acte, premier frisson.

La technique : Ce qui frappe avant tout, c'est la perfection du mixage multicanal. La pauvreté musicale tente d'être gommée par tous les moyens avec ce mixage qui privilégie le spectaculaire et le gros son. Résultat : les chansons ne sont pas meilleures (il faudrait un miracle, et pas fait à la va-vite sinon c'est un mauvais miracle ;-) mais l'album entier s'avère bien plus passionnant. Encore mieux : vous avez ici toutes les faces B et raretés jusqu'ici introuvables, mais le plus incroyable, c'est qu'elles ont, elles aussi, été mixées en DTS !!! Bref, le panard, même si musicalement on reste au niveau le plus bas. Quant au documentaire, il est trop court, on aurait aimé une heure et demie, et il se termine sur un suspens insoutenable... Sont quand même bons vendeurs, ces Ped'Moches ! ^^

5.1 (62 min)

01. New life
02. I sometimes wish I was dead
03. Puppets
04. Boys say go !
05. Nodisco
06. What's your name ?
07. Photographic
08. Tora ! Tora ! Tora !
09. Big muff
10. Any second now
11. Just can't get enough
12. Dreaming of me
13. Ice machine
14. Shout
15. Any second now
16. Just can't get enough (schizo mix)

Interview (28 min st fr)

A BROKEN FRAME

Le disque : Une fois Vince Clarke parti, on ne donnait pas cher de la peau de Depeche ; après tout le premier album reposait sur ses compositions. Mais c'était sans compter sur Martin Gore qui, dans un élan de désespoir, décida de s'y coller à son tour. On peut le comprendre : qui, à son âge, aurait tourné le dos au contrat le liant avec Mute Records ? Gore s'est donc retrouvé devant l'angoisse de la page blanche, et quasiment obligé d'écrire tout un album en un temps assez court aux yeux de sa maison de disques, sous peine de regretter à jamais la carriere qu'il venait de démarrer. Pour honorer son nouveau job, il choisit donc de rassembler en grande partie les chansons qu'il avait écrites étant plus jeune. Ce procédé, outre qu'il engendre la désagréable impression de vider ses dernières cartouches, a l'avantage de presenter des chansons ayant mûri sur de nombreuses années, mais aussi l'inconvénient de livrer au public d'autres titres sur lesquels, fatalement, l'artiste, et qui plus est unique auteur et compositeur, refusera de revenir, prétextant préserver la fameuse "muse créatrice du moment".

On trouve un peu des deux dans ce second album, qui a la particularité d'être le seul enregistré en trio avant un bon paquet d'années. Et on en a dit des choses, sur ce disque parfois baptisé "A broken record". Le réécouter de nos jours permet de se rendre compte que, malgré de nombreux défauts de jeunesse, il n'est pas du tout le plus mauvais album du groupe (nous laissons cette récompense au fumeux Exciter). Son mélange de naïveté et d'idées intéressantes le rend même presque touchant, et le bond en avant qualitatif par rapport à son prédécesseur est indéniable, Broken Frame n'ayant nul besoin de sa piste DTS pour pouvoir être écouté jusqu'au bout. Ce n'est évidemment pas un achat prioritaire si vous etes néophyte, mais le succès des idées de Martin Gore, en particulier celui du souffle épique traversant la dernière chanson, lui donnera confiance pour porter Depeche Mode sur ses frèles épaules.

La technique : Superbe mixage 5.1 qui à l'instar du premier volet redonne une vigueur étonnante à un album qu'on croyait plat. Malheureusement certains sons de synthé archi-cheap n'arrivent pas à faire oublier leur laideur, surround ou pas. Sinon, vos enceintes seront vraiment à l'honneur. Le reportage est excellent, donnant une large part de parole aux trois "héros" : Martin Gore et ses doutes, Vince Clarke qu'on avait quitté un peu brutalement la dernière fois (et dont on suit ici la suite de la carrière, là où d'autres groupes auraient fait l'impasse), et surtout Alan Wilder qui revient sur sa drôle d'incorporation au groupe avec humour et sans faux-fuyants. Enfin, pour les fans ultra, vous avez droit à quelques titres live d'époque exceptionnellement rares et merveilleusement conservés.

5.1 (68 min)

01. Leave in silence
02. My secret garden
03. Monument
04. Nothing to fear
05. See you
06. Satellite
07. The meaning of love
08. A photograph of you
09. Shouldn't have done that
10. The sun and the rainfall
11. My secret garden (live)
12. See you (live)
13. Satellite (live)
14. Nothing to fear (live)
15. The meaning of love (live)
16. A photograph of you (live)
17. Shouldn't have done that (live)
18. The sun and the rainfall (live) 

Stereo (11 min)

01. Now this is fun
02. Oberkorn (It's a small town)
03. Excerpt from My secret garden

 

Interview (27 min, st fr)


CONSTRUCTION TIME AGAIN

Le disque : Une fois venu à bout de Broken Frame, il était temps pour Martin Gore de se remettre au boulot et d'écrire ce qui deviendrait le troisième album de son groupe en trois ans. Et cette fois, pas question de récupérer des fonds de tiroir : Gore devait innover et plaire pour passer le fameux "cap du troisième album". C'est la signification première du titre, qui se marie bien avec la pochette... Une pochette qui, après la fermière moldave de Broken Frame, a catalogué Depeche parmi les groupes marxistes-léninistes. En prime avec une face B qui s'intitule "Work Hard", c'est tendre le bâton. Et curieusement, cette dichotomie entre besoin de résultats et envie d'aller au bout des choses se ressent jusque dans chaque titre de l'album. CTA est un album plus abouti que Broken Frame, possédant des titres plus forts, avec des riffs ravageurs : Love in Itself donne le ton et Told You So possède un rythme infectieux. Avec Everything Counts, Depeche délivre même son premier tube à la mélodie imparable. Mais à côté de ces chefs-d'oeuvre de la synth pop, le groupe de Gore se laisse aussi aller à la facilité, et le disque souffre d'un déséquilibre qualitatif assez important. Même Alan Wilder, dont l'apport au groupe se montre au grand jour pour la première fois, signe deux titres pas franchement inoubliables, et si le refrain de Landscape est aussi agréable, c'est simplement parce qu'il semble totalement pompé sur Level 42 (à l'époque au top des hit-parades). Entre ces titres anecdotiques et les tubes certifiés, reste Pipeline, un titre très expérimental et révolutionnaire pour l'époque (Jarre ou Peter Gabriel n'y resteront pas insensibles d'ailleurs). Un titre qui a marqué les fondations de l'album suivant, et qui malheureusement est devenu avec le temps quelque peu inécoutable. En 2007, que reste-t-il de l'écoute de CTA ? Du rythme, de la danse, et un tout petit poil d'ennui. Mais en 2007, il y a le 5.1. Cela amène-t-il vraiment quelque chose ?

La technique : Et bien une fois de plus, les dix premières secondes de ce Depeche Mode en 5.1. vont vous laisser sur le cul. Et les quarante minutes suivantes aussi. De nouveau, on ne peut être qu'ébahis devant la qualité incroyable du son, la richesse et la chaleur de la production, et le nombre de détails autrefois enfouis dans le mix, et ici merveilleusement mis en valeur, sans qu'à aucun moment la chanson originale ne soit altérée - c'est peut-être là le plus grand tour de force. Evidemment c'est Pipeline qui bénéficie le plus de ce DTS ultra-riche (comme d'habitude, le Dolby Digital 5.1 se défend aussi très bien). Par contre, si vous possédez un système ProLogic, un conseil : branchez-le, et régalez-vous avec les très nombreux effets surround délivrés par les faces B et inédits. Car c'est bien la seule chose que vous apprécierez tant les titres bonus sont d'une médiocrité affligeante. Comme d'habitude, vous avez également un documentaire long et sous-titré : un peu moins excellent que d'habitude, il regorge malgré tout d'anecdotes ravageuses, d'Alan Wilderies délicieuses, et s'étend longuement sur le making-of de ce tour de force qu'est Pipeline. Bref, une fois de plus (ça en devient presque lassant), même si l'album incriminé n'est pas un chef-d'oeuvre, le DVD bonus l'est, indiscutablement, et Depeche Mode reste au top absolu des artistes ayant proposé à son public un 5.1, et pour ceux, encore très nombreux, qui pensent que la musique en surround n'est qu'un stupide gadget, une écoute ne serait-ce que des trois premiers titres pourrait rapidement réviser leur jugement.

5.1 (42 min)

01. Love, in itself
02. More than a party
03. Pipeline
04. Everything counts
05. Two minute warning
06. Shame
07. The landscape is changing
08. Told you so
09. And then...

Stereo (37 min)

01. Get the balance right !
02. The great outdoors
03. Work hard
04. Fools
05. Get the balance right ! (Combination mix)
06. Everything counts (In larger amounts)
07. Love, in itself.4

 

Interview (39 min, st fr)


SOME GREAT REWARD

Le disque : Décidément, l'album Phaedra de Tangerine Dream aura marqué son époque. Il montra au monde entier que Berlin, même en temps de semi-guerre froide, était une ville avec laquelle il fallait compter. Lou Reed, Marillion, David Bowie y ont trouvé chacun une inspiration nouvelle et salvatrice. Depeche Mode, qui est un groupe aimant varier les plaisirs autant que les pays d'enregistrement, y firent également une petite cure de jouvence et, galvanisés par l'ambiance surnaturelle de la ville de jour comme de nuit, y accouchèrent d'un album charnière, un album pas encore maîtrisé mais qui allait lentement les faire glisser vers le suivant, le célèbre Black Celebration encore dans toutes les mémoires et premier pilier d'un Depeche passant de groupe de pop pour ados à groupe de rock gothique sombre et influent. (NDBaker : Ca y est, j'ai battu mon record de longueur de phrase).

L'excellent documentaire le démontre bien : malgré trois albums derrière eux, tous uniquement synthétiques, il aura fallu attendre Berlin pour que la Gore Company donne dans l'industriel, courant naissant que les succès mondiaux nés de ce Reward aideront à populariser. Après visionnage de ce doc, et réécoute en surround dont le DTS est particulièrement froid, on se rend compte mieux pourquoi ce disque, bourré à craquer de bonnes choses, n'a pourtant jamais remporté l'adhesion complète : le sentiment général est pour une fois résumable en mots, qui plus est en un seul mot - écrasement. Le son, les boites à rythmes, les basses, tout est impitoyablement écrasé, compressé sous les sonorités mécaniques qu'on croirait sorties du film Metropolis. Au milieu de cette furie robotique, on a l'impression que le groupe s'est laissé écraser à son tour, piegé par un tournant de son style où il risque à tout moment le sous-virage et la sortie de piste, touchant du doigt des éléments soniques jusqu'à présent interdits et qui les feront definitivement basculer dans l'âge adulte - celui où l'erreur n'est plus tolérée. Très bons, plus élaborés et intéressants que tout ce que Depeche avait produit jusqu'alors, les titres de cette Grande Récompense semblent pourtant toujours bridés ou inachevés, même les tubes qui passent de "sympas" à "cultes". Si le choc de la première écoute a tendance à perdre de sa puissance à chaque génération, il n'en reste pas moins que Depeche prouvait par A plus B qu'il était possible de composer des tubes certifiés à partir de "machines", et non pas seulement de "synthés". Une leçon qui ne tombera pas dans l'oreille de sourds, et encore moins de manchots...

La technique : Soniquement, l'album est comme on l'a vu très lourd et clinquant : le 5.1 lui rend hommage en ce sens. La spatialisation à outrance fait apparaître une sorte de déséquilibre entre les différentes parties rythmiques et industrielles, mais c'est parfaitement rattrapé par les bêtises tombant ou se cassant dans votre dos de façon régulière. Le reportage est beaucoup plus axé sur la technique que sur l'humain, et c'est tant mieux, car on y apprend tout ce qu'il faut savoir sur l'album. Quelques faces B, un live rare, et le tour est joué : encore un foutu bon DVD bonus.

5.1 (65 min)

01. Something to do
02. Lie to me
03. People are people
04. It doesn't matter
05. Stories of old
06. Somebody
07. Master and servant
08. If you want
09. Blasphemous rumours
10. If you want (live)
11. People are people (live)
12. Somebody (live)
13. Blasphemous rumours (live)
14. Master and servant (live)

Stereo (12 min)

01. In your memory
02. (Set me free) Remotivate me
03. Somebody (remix)

 

Interview (29 min st fr)


BLACK CELEBRATION

Le disque : Malgré déjà 4 albums au compteur, le Depeche Mode de 1986 se cherchait encore. Volonté de passer à la vitesse (et surtout à la classe) supérieure, épuisement relatif d'une formule de production qui commençait à ressembler à une routine, Black Celebration marque à bien des points un tournant majeur dans la carrière du groupe. Dernier album produit par le Boss de Mute Records, Daniel Miller remplacé dès le suivant par d'autres producteurs et par un Alan Wilder de plus en plus indispensable à ce poste, premier album sans single pop évident, premier album à être vraiment atteint par une noirceur aujourd'hui caractéristique de DM mais avant 1986 encore cantonnée à quelques rares titres, et surtout premier album à asseoir définitivement le groupe dans la cour des grands, au point que même Rock & Folk a dû courber l'échine et admettre la "crédibilité Rock" désormais incontestable (NDBaker : Même le grand HHHHebdogiciel avait écrit que Depeche, contre toutes leurs attentes, était devenu "adulte"). 21 ans plus tard, l'écoute remasterisée de cette pierre angulaire prouve mieux que tout discours qu'elle ne s'est point érodée. Pesant, intense, énorme, presque démoniaque parfois (Fly on the Windscreen), Black Celebration distribue ses titres, parmi lesquels beaucoup d'incontournables (Black Celebration, les "Question of" et bien sûr l'immense Stripped, plus majestueux que jamais) comme autant de coups de poing dans l'estomac, sans n'avoir rien perdu du pouvoir de fascination que lui a toujours conféré son enregistrement entre réverb' de cathédrale et claustrophobie paranoïaque. Qu'importe que les dernières pistes, plus faibles que le reste, continuent à lui porter un léger préjudice : Black Celebration, s'il n'est pas le premier bon album de Depeche Mode, est définitivement le premier GRAND Depeche Mode.

La technique : Pour le coup, le petit génie aux manettes des 5.1 des remasters de DM a décidé de jouer les traîtres : bien qu'immédiatement génial quant à la qualité sonore, le premier titre semble marquer le pas question spatialisation. Inutile de s'inquiéter, ce n'était que pour mieux nous en mettre plein les oreilles dès le second… et tous les suivants ! Inutile de tourner autour du pot, question multicanal, Black Celebration est probablement l'album le plus réussi de tous les remasters parus à ce jour - ce qui, vous vous en doutez, n'est vraiment pas peu dire. Des sons partout, mais surtout, et c'est là le plus important, des sons toujours là où ils doivent être. A croire que cet album à toujours été conçu pour être écouté de cette façon.

L'indispensable documentaire fait par contre un poil moins bien que d'habitude. Frôlant 1 heure de durée (contre environ ½ heure pour les précédents), et bien que consacrant ses 10 premières minutes au Best of "Singles 81-85" (où une pauvre chanson innocente s'en prendra plein la gueule), il ne contient pour autant pas plus d'info que ses petits frères, et se perd par conséquent dans quelques séquences de pure contemplation à l'intérêt douteux, qui auraient sans doute dû être coupées au montage. Rien de grave cependant, bien que plus diluée que de coutume, c'est évidemment une mine d'infos sans langue de bois à laquelle nous avons droit.

Un mot sur les indispensables bonus, avec cette fois 3 titres live d'époque, et comme d'habitude les faces B et autres remixes, dont la plus intéressante reste sans doute la version alternative de Fly on the Windscreen, à l'époque où elle n'était "que" une face B.

5.1 (58 min)

01. Black celebration
02. Fly on the windscreen
03. A question of lust
04. Sometimes
05. It doesn't matter two
06. A question of time
07. Stripped
08. Here is the house
09. World full of nothing
10. Dressed in black
11. New dress
12. Black celebration (live)
13. A question of time (live)
14. Stripped (live)

Stereo (35 min)

01. Shake the disease
02. Flexible
03. It's called a heart
04. Fly on the windscreen
05. But not tonight
06. Breathing in fumes
07. Black day
08. Christmas island

 

Interview (57 min st fr)


MUSIC FOR THE MASSES

Le disque : Le seul truc ennuyeux de cette fabuleuse série de remasters, c'est que comme les albums sortent dans le désordre, on a du mal à faire les transitions. Donc (comment dirais-je) voici Music for the Masses, 2ème volet de la première fournée de remasters, sorti à l'origine en 1987. Profitant du surcroît de crédibilité "rock" acquise avec l'album précédent (Black Celebration), DM a eu l'occasion d'en rajouter une couche dans l'exploration sonore, à grands coups de sons industriels qui ne manqueront pas d'influencer un certain Trent Reznor quelques petites années plus tard. Moins viscéralement sombre que Black Celebration ou Some Great Reward pour ne citer que des albums antérieurs, MftM reste encore aujourd'hui un des seuls (en tous cas le seul vraiment réussi) albums de DM à présenter le groupe sous des apparences plus "positives", bien que la plupart des titres conservent des sous-entendus nettement moins bon enfant que ce que les arrangements plus clinquants que la moyenne pourraient faire croire (Never Let Me Down Again, Little 15).

Le déjà traditionnel documentaire d'une demi-heure inclus sur le DVD insiste moins sur la création de l'album (dommage) que sur la fameuse tournée qui l'a suivi, mise en boîte via le road movie 101, y ajoutant une bonne dose d'anecdotes on ne peut plus intéressantes (la pluie sur Blasphemous Rumours, par exemple). Côté son, "comme d'habitude" pourrais-je d'ores et déjà dire, le remaster très nettement plus dynamique et plus précis que le CD original vaut le coup d'oreille, mais n'est encore rien face aux pistes DTS et SACD multicanal, offrant à l'album une incroyable cure de jouvence. Presque 20 ans après, on est subjugué d'entendre de nouveaux sons sur Strangelove, une programmation rythmique enfin audible sur Never Let Me, ou tout simplement des Little 15 ou Pimpf tels que, finalement, on a l'impression qu'ils auraient toujours dû être. En résumé : un album majeur dans la carrière du groupe, une production qui a beaucoup influencé, un son 5.1 qui dépote. Encore !!!

La technique : L'intro du cultissime Never Let Me Down Again ne vous laissera aucun doute : en stéréo ça sonne mieux, en DTS ça sonne monstrueux. Le 5.1 forcément plus sale rajoute même un côté rock pouilleux. Les faces B sont surtout des remixes ou des atmosphères mais, et là c'est la bonne surprise, les 4 inédits de la précédente remastérisation (qui était bien loin de celle-ci) ont été aussi mis en 5.1. Quant au documentaire, Kaworu l'a dit mieux que moi : c'est une agréable extension du DVD 101 (mais sous-titré, celui-là) agrémentée d'une première ode à Sir Wilder.

(disque)     & (notes techniques)

5.1 (62 min)

01. Never let me down again
02. The things you said
03. Strangelove
04. Sacred
05. Little 15
06. Behind the wheel
07. I want you now
08. To have and to hold
09. Nothing
10. Pimpf
11. Agent orange
12. Never let me down again (Aggro mix)
13. To have and to hold (Spanish taster)
14. Pleasure little treasure (Glitter mix)

Stereo (22 min)

01. Agent orange
02. Pleasure little treasure
03. Route 66
04. Stjarna
05. Moonlight sonata

 

Interview (37 min st fr)


VIOLATOR

Le disque : Album culte, pierre angulaire, "album de la maturité", les mots (et les lieux communs) manquent pour qualifier Violator, véritable consécration et, accessoirement, 1er acte de la fabuleuse "trilogie des nineties" de Depeche Mode. La richesse de la production et (surtout) des arrangements ciselés par Alan Wilder, la qualité des chansons écrites par Martin Gore ne sont que de minces hypothèses pour expliquer la réussite planétaire de cet album, qui assit définitivement le succès populaire ET critique de DM. En réalité, l'accession au status d'album culte est, peut-être plus qu'une question de qualité ou d'inspiration, souvent le fruit d'un heureux concours de circonstances, présent ici sous la forme d'une séance de décicace à première vue ratée, qui propulsa en réalité le groupe à la une de tous les journaux (papier ou télé) des USA la veille de la sortie de l'album.

Cette petite histoire n'est qu'un exemple des nombreuses informations réservées par le documentaire du DVD, parmi lesquelles on retiendra les difficultés d'Anton Corbijn à faire accepter son idée de clip pour Enjoy the Silence, ou encore le passionnant "accouchement" passé au microscope de trois chansons (World in my Eyes, Policy of Truth et bien sûr Enjoy the Silence) apportant si besoin était la preuve définitive de la place primordiale d'Alan Wilder à la production et aux arrangements. Chansons inoubliables, album culte.

La technique : Le son est aussi bon que possible, mais moins enveloppant et spectaculaire que les autres. En celà, le mixage 5.1 d'un tube absolu comme Enjoy the Silence pourra même décevoir. Mais en réalité ce mixage, outre qu'il mette en valeur un nombre incroyable de détails, est conforme au son originel, celui d'un disque de transition. Transition confirmée par le documentaire, où finalement on n'est pas si loin du doc d'origine fait en 90, preuve que Violator est un album charnière et sans âge. Enfin, les faces B, toutes en stéréo, sont hautement intéressantes mais il en manque une ou deux... A suivre donc.

(disque)     & (notes techniques)

5.1 (47 min)

01. World in my eyes
02. Sweetest perfection
03. Personal Jesus
04. Halo
05. Waiting for the night
06. Enjoy the silence
07. Policy of truth
08. Blue dress
09. Clean

Stereo (25 min)

01. Dangerous
02. Memphisto
03. Sibeling
04. Kaleid
05. Happiest girl (Jack mix)
06. Sea of sin (Tonal mix)

 

Interview (32 min st fr)


SONGS OF FAITH & DEVOTION

Le disque : Falling into Infinity, Tales from Topographic Oceans, Anoraknophobia, Pop : il est ainsi des disques malades qui sont signés par des grands groupes. Songs of Faith and Devotion est un grand disque produit par un groupe malade. 1993, Depeche découvre le prix fort que doit payer tout artiste à la Mode. Violator s'est vendu plus que de raison. Les tournées précédentes les ont usés. Ils emménagent dans un immense et cossu studio d'enregistrement qui ne leur plait pas. Dave Gahan mélange alcool et drogues dures, s'isole du groupe. Alan Wilder, déçu que ses idées ne soient pas mieux exploitées, commence à s'isoler aussi. Et Gore, pour retrouver la muse qu'il croit avoir perdu apres Violator, s'enferme des heures durant loin du groupe qui n'en est d'ailleurs plus vraiment un. La sortie de Songs est donc un miracle, tant ce disque maudit a bien failli passer à la trappe. Mais un miracle n'arrive jamais seul.

Si des fans de première heure ont pu grogner contre les changements de cap, leur groupe fétiche étant moins sautillant et plus orienté guitares à chaque sortie, on peut affirmer que Songs est l'apogée de ces débordements stylistiques, et celà n'a pas échappé à la presse qui a complètement (re)découvert Depeche. L'omniprésence de guitares lourdes, de machines qui n'ont rien à envier à Trent Reznor, un Dave Gahan tatoué, amaigri, au look gothique et au moral go toc, en pleine déchéance, et puis ce Devotional Tour qui a achevé la legende : tout était reuni, et le public, surprenamment, a répondu présent. Il y a de quoi : plus sombre et ambitieux à chaque morceau, usant presqu'autant l'auditeur que le chanteur, n'ayant pour seule oasis qu'un Condemnation irréel, Songs est un très grand disque, un parachèvement de la quête de l'essentiel entamée par Martin Gore dès la toute première chanson qu'il ait jamais écrite. S'il ne s'est pas autant vendu que Violator, il n'en reste pas moins un disque plus consistant, plus affirmé, et bien qu'il soit très loin d'être un album "classique" de Depeche Mode, il est impensable de ne pas avoir ce joyau dans votre discothèque.


La technique : Un reportage choc. Couplé à celui disponible sur le DVD de clips (et qui n'a aucun recul), ça fait froid dans le dos. De véritables montagnes russes d'émotions, se terminant exactement de la même façon que le reportage sur Speak And Spell : le départ du synthé prodige, sans crier gare, brutalement. Une épopée magnifiquement racontée. Niveau sonore, cet album risque de vous décevoir car à l'instar de Violator, le 5.1 n'a pas été fait pour flatter vos oreilles, mais pour renforcer le côté crade de l'original. Moins d'immersion donc, et un son qui pourra même paraître plat, mais totalement en accord avec les idées du groupe, donc rien à redire. Pas de live cette fois-ci, mais franchement, avec le DVD de Devotional, vous en avez déjà assez, non ?

5.1 (47 min)

01. I feel you
02. Walking in my shoes
03. Condemnation
04. Mercy in you
05. Judas
06. In your room
07. Get right with me
08. Rush
09. One caress
10. Higher love

Stereo (46 min)

01. My joy
02. Condemnation (Paris Mix)
03. Death's Door (Jazz mix)
04. In your room (Zephyr Mix)
05. I feel you (Life's too short Mix)
06. Walking in my shoes (Grungy Gonads mix)
07. My joy (Slowslide Mix)
08. In your room (Apex Mix)

 

Interview (36 min st fr)


ULTRA

Le disque : Des groupes fatigués par des tournées incessantes ou trop longues, par un rythme de travail trop élevé, par un succès trop vite arrivé ou trop énorme pour garder la tête froide (nous prions pour Muse, on y tient à ce groupe), par une maison de disques trop avide qui préfère faire beaucoup de fric en peu de temps qu'encore plus de fric à long terme, il y en a eu, beaucoup, énormément, et il y en aura sans doute toujours. Mais des groupes exsangues comme l'était Depeche Mode au milieu des nineties, on n'en a pas vu des masses. Un Andrew Fletcher carbonisé qui n'a même pas pu finir la tournée ; un Martin Gore perdu dans des hôtels avec des prostituées shootées à dieu sait quoi ; un Alan Wilder qui décide de claquer la porte avec pertes et fracas ; et bien sûr un David Gahan perdu dans la drogue, quasi mort - voire cliniquement mort pendant quelques minutes comme nous l'apprend le documentaire. L'album Ultra est donc à bien des égards une sorte de miraculé. Entamé par un groupe qui ne croyait même pas pouvoir refaire un disque, envisagé avant tout comme une simple tentative d'enregistrer des chansons, tout en se demandant régulièrement s'il n'allait pas devenir le premier (vrai) album solo de Martin Gore (Counterfeit ne compte pas), Ultra est devenu au cours de ses longs mois de gestation plus qu'un album, un double symbole, celui d'un groupe capable de transcender sa souffrance, et celui d'un homme ravagé sur le chemin de la rédemption. Finalement débarqué dans les bacs aux alentours de Mars 1997 (une année immense pour la musique, on ne le dira jamais assez), le monde a pu alors découvrir une nouvelle fois que des ténèbres du fond d'un gouffre peut naître la beauté.

Porté par un Barrel of a Gun, 1er single et morceau d'ouverture façon "coup de poing in the gueule" avec ses sons tordus et ses guitares gutturales, Ultra ne cesse par la suite d'égrenner merveille sur merveille, de Home à Freestate, de Love Thieves à Bottom Line, parfois de façon quasi irréelle compte tenu de la difficulté à les enregistrer. Pas un instant on ne soupçonne, en écoutant Sister of Night, que les sessions vocales ont été faites lors de la pire période de Gahan, à une époque où il ne pouvait pas chanter, et que la voix a été enregistrée phrase par phrase, tant le résultat impressionne de fluidité et d'émotion. Il faut en cela rendre hommage à Tim Simenon, jeune producteur fan du groupe, pour avoir réussi non seulement à tenir la barre jusqu'au bout dans des conditions épouvantables, mais aussi pour l'exploit jamais réédité depuis de remplacer Alan Wilder. Il en fallait, de l'inspiration, pour avoir su donner à cet album l'écrin sonore entre noirceur et sérénité dont il avait besoin, et Simenon y est parvenu, presque comme si de rien n'était.

Cette "sereine noirceur", si bien retranscrite musicalement, puise sa source dans les textes de Gore. Ce dernier aura beau le câamer jusque sur son lit de mort, pas un seul instant on le croit à l'écoute d'Ultra lorsqu'il affirme "ne pas avoir écrit à propos de Dave" (Gahan, bien sûr). D'ailleurs, ni Simenon, ni Daniel Miller, ni les gens de Mute, ni les fans, ni même ses proches ne le croient, et comment pourrait-il en être autrement lorsque, à l'exception de It's No Good et de Useless, tous les titres parlent d'une façon ou d'une autre du désespoir (Barrel of a Gun, Love Thieves), de l'addiction (Sister of Night), ou de la rédemption (Home, Freestate). Et Gore, de tirer de la situation particulièrement catastrophique de son groupe et de son chanteur, quelques-uns de ses plus grands textes, et peut-être ses plus beaux -et plus éprouvants- vers dans Barrel of a Gun ("What am I supposed to do / When everything that I've done / Is leading me to conclude / I'm not the one ? / Whatever I've done, I've been staring down the barrel of a gun"). Alors, peu importe que Ultra ne doive son statut de dauphin de Songs of Faith and Devotion qu'à un dernier morceau (Insight - Junior Painkiller on s'en fiche) en deçà de l'orgie Higher Love, car entre ces deux albums, il n'y a qu'un seul gagnant : le public.


La technique : D'une durée parmi les plus élevées de la série, le documentaire consacré à Ultra s'attarde bien évidemment longtemps sur la difficile gestation du projet et les différents obstacles qui ont dû être surmontés. A ce titre, vous saurez tout sur l'état de Dave Gahan, raconté de première main par l'intéressé lui-même, qui continue ainsi son travail d'exorcisme sur lui-même. Vous saurez tout également sur les raisons du départ d'Alan Wilder, à travers la présentation commentée par Wilder et les autres de la TOTALITE de sa "lettre de démission", laquelle commence gentiment ("le poids du groupe est devenu trop important, mais j'vous aime quand même"), continue de façon un peu plus hard ("y'a une ambiance de merde !") avant de se terminer en mode Roger Waters ("d'façon z'êtes tous des cons qui m'écoutez jamais"). Dur, mais on sent que l'interessé a eu besoin à l'époque de lâcher un peu de pression, et ce genre de choses ne se fait que rarement de façon discrète. L'un des nombreux points forts du documentaire est justement de savoir mettre en perspective ces différents évènements avec le processus de création de l'album. On a presque l'impression d'y être, sauf que pour une fois, on ne regrette pas de ne pas y avoir été !

Une longue séquence est aussi consacrée à l'album best-of "Singles 86-98", pour lequel a eu lieu la tournée que le groupe n'avait pas fait -pour des raisons évidentes- à l'époque de Ultra, sous peine d'implosion immédiate. Etonnament pas disponible en DVD (un manque à réparer, hein Mute ?), cette tournée est aussi la première avec la "nouvelle équipe" scénique qui les accompagne depuis, pour le meilleur et pour le pire. Côté son, Ultra profite du 5.1 pour élargir son espace sonore d'une manière assez inattendue, puisqu'il nous permet d'entendre une foule de sons inaudibles dans la version stéréo, notamment une vraie batterie sur la caisse claire de Barrel, et surtout une série d'arpèges de guitare sur les refrains de Freestate, conférant à ce morceau une foisonnance quasi "Songs"-ienne. C'est là qu'on voit que Simenon était fan du groupe. Ça tombe bien, nous aussi.

5.1 (75 min)

01. Barrel of a gun
02. The love thieves
03. Home
04. It's no good
05. Uselink
06. Useless
07. Sister of night
08. Jazz thieves
09. Freestate
10. The bottom line
11. Insight
12. Barrel of a gun (live)
13. It's no good (live)
14. Useless (live)

Stereo (28 min)

01. Painkiller
02. Slowblow
03. Only when I lose myself
04. Surrender
05. Headstar

 

Interview (47 min st fr)


EXCITER

Le disque : Il est, au sein du monde sans pitié de la musique, quelques plaies que Moïse lui-même n'aurait pas renié. Les marketeux incompétents, les maisons de disques sans vue à long terme, les rapaces aux dents longues (si, les oiseaux ont des dents, cherchez pas), les distributeurs dont la carte du monde se limite aux USA, les groupes qui ont tout dit au 1er album, les setlists qui se répètent, les dates de sorties non tenues, et les producteurs. Le producteur est un étrange animal : il en existe deux espèces bien distinctes. Le premier type, aussi connu sous le nom de Guthrie-Flood, sait sublimer la musique des artistes qu'il produit sans en pertuber l'expression, en respectant la patte, le style et les intentions originales des créateurs. Le second, parfois appelé Spector-Mirwais, trop obsédé par son son à lui qu'il aime, adore et adule, ne s'inquiète que d'une chose : comment faire pour que l'oeuvre de l'artiste qu'il produit sonne comme un disque de Lui, Le Producteur Génial, Omniscient, Omnipotent et Incompris, avant tout.

Entre ici le premier intervenant de notre spectacle, M. Mark Bell. Connu comme producteur de Björk, ce qui admettons-le fait montre d'un certain courage, M. Bell a un lugubre jour de 2000 été appelé pour tenir les manettes du nouvel album über attendu de Depeche Mode, dont la très lourde tâche est de succéder à trois monuments du rock. Las, l'on découvrit alors que Bell faisait partie de la race des Spector-Mirwais... Ah, qu'elles sonnaient bien ces rythmiques syncopées et "non linéaires" chez Björk ! Ah, quelle triste idée que d'avoir voulu les coller aux compositions d'un groupe aussi furieusement carré que Depeche Mode ! Pour sûr, l'on sait que c'est Mark Bell qui a produit Exciter, mais tel le public de Divine Comedy ayant dû se coltiner l'arrivée massive de fans de Radiohead après la sortie d'un album produit par Nigel Godrich, quelle désespoir cela a été que de voir Depeche Mode sonner comme du Bell au lieu de sonner comme du DM qui évolue. Parce que, sans tourner autour du pot, le travail de Mark Bell sur Exciter s'apparente à une mise à mort.

"Mise à mort" ai-je écrit ? Coup de grâce, devrais-je plutôt. Car Bell n'est en aucun cas le seul à blâmer dans ce désastre. Oui, il a mal produit les morceaux. Mais il faut aussi voir ce qu'étaient ceux-ci à la base. Entre ici le second intervenant de notre spectacle : atteint par l'angoisse de la page blanche (ou de la guitare sans corde, au choix), Martin Gore a parait-il eu le plus grand mal à écrire les différentes compositions de cet album. Dire que cela s'entend apparaît ici comme l'épitome de l'euphémisme : ininspirées, lourdes, molles, aux titres tellement autoparodiques (I am You et I Feel Loved, pourquoi pas Higher Rush et Walking in your Room tant qu'on y est ?) qu'à l'annonce de la tracklist on pouvait croire à un fake, les chansons d'Exciter n'ont, pour parler crûment, aucun intérêt. Ce qui n'a pas empêché a l'époque l'album d'obtenir des critiques dithyrambiques dans toute la presse, à l'exception du magazine Compact - Crossroads (que nous saluons au passage). Aujourd'hui, à l'occasion de la sortie de ces remasters, certains nous disent qu'il faudrait "réhabiliter" cet album. Réhabiliter un album qui a été super bien accueilli par la critique ? Je sais pas vous, mais moi, ça me paraît louche !

Et si c'était parce que depuis la sortie originale, la sinistre vérité est apparue au grand jour ? En réalité, Depeche Mode a fait avec cet album la même chose que No-Man avec Together We're Sleeping, Marillion avec Somewherrronzzzzz, Gackt avec French Letter ou tant d'autres groupes avec des albums acoustiques aussi marketés que dépourvus d'intérêt, à savoir sortir un album mou et chiant et tenter de faire passer ça pour de la pureté artistique "less is more" en espérant que les gens tomberont dans le panneau. Ca a marché avec pas mal de monde, mais pas avec le déjà cité Crossroads, et certainement pas avec la rédaction "élargie" de DDS, puisque ce cher Exciter s'est vu rebaptisé "Comatosoporificose" le soir même de sa sortie. Hormis Dream On et Freelove, seuls canots de sauvetage ayant survécu au naufrage, il n'y a tout simplement rien à sauver. Des rares morceaux rythmés tournant à vide (I Feel Loved) aux nombreux concentrés de mollasse sans queue ni tête, tout est creux, ennuyeux, voire purement et simplement laid tel ce Dead of Night aussi engageant que votre oncle bourré au cognac qui essayait de vous chanter une berceuse en rôtant le soir de Noël quand vous étiez petit. Et le tout se termine par un "chuuuut", histoire de ne surtout pas réveiller l'infortuné auditeur endormi...



La technique : Le paragraphe précédent étant je crois suffisamment explicite, inutile de se perdre en circonvolutions : à DDS, nous n'aimons pas Comatosoporificose. Aussi, compte tenu du niveau des documentaires précédents dans cette série de remasters et de la tendance des membres du groupe à préférer éviter le sujet "Exciter" ces derniers temps, nous n'espérions en toute franchise ni plus ni moins qu'un désaveu franc et massif de l'album. Hélas, nous n'avons pas été exaucés, la faute à une invitée surprise qui ne faisait pas partie de la distribution des précédents documentaires : Mme Langue de Bois. Oh évidemment, on parle un peu de l'album, des difficultés pour le créer, mais aussi de la bonne ambiance qui règnait lors de l'enregistrement (de ce côté-là cependant, vu ce qu'ils ont subi sur les deux précédents, on ne leur en voudra pas), ou encore de la façon dont la presse a bien accueilli l'album, expliquée selon Daniel Miller par la présence au sein de celle-ci d'une toute nouvelle génération ayant grandi avec DM. On aurait voulu nous montrer qu'à cause de la présence de fans hardcore dans les rédactions, DM est devenu intouchable pile au moment de la sortie de son pire album en presque 20 ans qu'on ne s'y serait pas pris autrement ! A part ça, et pour reprendre les mots de Baker lors de la chronique du DVD One Night in Paris (soit la tournée Exciter, comme par hasard), "tout le monde se congratule, tout le monde est content d'être là, mais personne ne semble penser à faire quoi que ce soit de musicalement intéressant". En langage "forum de JV", on appelle ça un "Damage Control".

Toutefois, il faut parfois savoir lire entre les lignes, ou regarder entre les images. Le documentaire de Comato dure une minuscule demi-heure, le plaçant parmi les plus courts de toute la série des remasters. Sur cette demi-heure, moins de 10 minutes sont consacrées au making of de l'album, comme si... il n'y avait rien à en dire, par exemple. Pratiquement 5 minutes (un sixième !) sont consacrées à... la première partie de la tournée ! (Hommage posthume ainsi rendu au pauvre Fad Gadget). D'autres précieuses minutes se chargent de rappeler qu'être fan de Depeche est de nouveau à la Mode, ce qui est logique vu que c'est le dernier documentaire... mais, je rappelle, également l'un des plus courts ! Mieux, Mark Bell, producteur du projet je le reprécise, n'est pas interviewé, devenant ainsi le premier et le seul intervenant majeur d'un album de DM à ne pas s'exprimer au cours de cette série de documentaires. Si c'est pas un aveu, ça ! En outre, on assiste aussi à de grands moments de comédie (involontaire ?) comme le batteur de la tournée nous expliquant qu'il essaye "d'apporter quelque chose aux morceaux sans les dénaturer" alors qu'en musique de fond est diffusée la version "au pneu crevé" de Black Celebration jouée à Paris. En langage "forum de JV", on appelle ça un "auto-frag". Histoire de remonter un peu le niveau, il reste le son. Le CD original était déjà tout ce qu'il y a de plus réussi à ce sujet, d'un point de vue purement technique s'entend, la version SACD confirme cette excellence, avec cette fois non pas une grosse puissance ou une spatialisation "dans ta face", cette dernière étant un poil décevante car trop limitée aux bruitages au détriment des instruments, mais par une définition cristalline qui fait véritablement honneur au support, lequel prouve une nouvelle fois sa finesse. Ca ne rend pas l'album meilleur, bien sûr, peut-être un poil plus supportable à la limite, mais c'est déjà pas mal. Et puis après tout, quitte à manger de la daube, autant qu'elle soit présentée dans un beau plat !

Quoi ? Kessta ? Il est pas bien mon disque ?

5.1 (91 min)

01. Dream on
02. Shine
03. The sweetest condition
04. When the body speaks
05. The dead of night
06. Lovetheme
07. Freelove
08. Comatose
09. I feel loved
10. Breathe
11. Easy tiger
12. I am you
13. Goodnight lovers
14. The dead of night (live)
15. The sweetest condition (live)
16. Dream on (live)
17. When the body speaks (live)
18. Breathe (live)
19. Freelove (live)

Stereo (26 min)

01. Easy tiger (full version)
02. Dirt
03. Zenstation
04. When the body speaks (acoustic version)

 

Interview (32 min st fr)


Au départ, il n'était pas prévu de conclusion à cette série de chroniques. D'ailleurs, on espère toujours que ce ne soit pas la fin (une réédition de Playing the Angel, de 101 et des deux compil' 81-85 / 86-98 avec docs et boîtiers équivalents nous plaîrait beaucoup, par exemple). Mais hélas, la sortie Ratée (avec un grand R) des deux derniers remasters (Ultra et Exciter) l'a rendue nécessaire. Et dire que tout se passait si bien ! Une série de rééditions devenue aujourd'hui le mètre étalon du genre, des promesses tenues, une technique toujours excellente (pas un seul mix 5.1 n'a déçu ni n'a trahi l'original), bref, une merveille. Et voilà qu'on nous a mené en bateau avec les 2 derniers. Annoncés pour mai, puis repoussés successivement à juin, juillet et septembre, ils ne sont finalement sorti qu'en octobre et, comble de l'horreur, pas dans tous les pays ! Certains se sont rabattu sur les versions US (dépourvues de SACD et donc moins bonnes), d'autres -dont vos serviteurs- sont passés par Amazon UK (qui a méchamment assuré sur ce coup puisque commandé et reçu en moins d'une semaine), en croisant autant de doigts que possible, mais une chose est sûre : tout le monde a dû se casser la tête pour les trouver, et on se demande bien pourquoi ! Pas comme si les précédents volumes s'étaient mal vendus en plus : du côté de chez moi même Construction Time Again est en rupture, alors imaginez Songs ou Violator... Difficile de savoir ce qui est passé par la tête de Mute et surtout EMI (le distributeur), peut-être la peur de se faire trop d'argent (rire jaune), mais une chose est sûre, ils ont gagné un mauvais point. Un gros. On ne baisse pas la note générale pour autant, parce que le groupe n'y est pour rien (du moins on l'espère) et que la collection vaut bel et bien son 10 incrusté platine, mais c'est vraiment parce qu'on est sympa...