Son qui tue, album délicieusement varié

Note globale


Un poil mou par moments, documentaire incomplet, et Lasse Hoile, forcément

Editeur : K-Scope
Durée totale : 1 h 19

 - (PCM)

Image        PAL

Du Lasse Hoile (oui, c'est un label, et pas un bon), en un peu moins fumeux que d'habitude, bien que toujours pas passionnant. Colle parfaitement au concept, mais encore assez chiche quant au nombre d'images présentes en fond. Documentaire au diapason.
Livret magnifique mais sans les paroles (grrr)
Album en 5.1 (55 min)
Extraits du making-of (18 min 16/9 non st)
Trailers de l'album (5 min)
A écouter de préférence en DVD-A, ou au moins en DTS pour apprécier le très gros mieux en spatialisation par rapport aux dernières productions Wilson en la matière. Froid et chaleureux à la fois, ultra-immersif, réjouissamment macabre, un modèle du genre. Documentaire au diapason (enfin presque).
CV grand luxe de son auteur, nouvel album de PTree qui n'avoue pas son nom, belle réussite avec juste un poil de molesse de temps en temps, mais ça fait plaisir de réentendre du Wilson psyché-planant. Documentaire au diapason. Ouais, je suis une feignasse.
Documentaire au diap... Hein ? Euh oui, donc documentaire plutôt sympathique, mais qui souffre de n'être qu'un gros trailer de 20 minutes. On attend la version complète pour juger sur pièce, et on en reparlera. Quant aux "trailers de l'album", désolé, ça compte pas. Y'a pas écrit "Apple fan-boy", là.

Retour en arrière d'à peu près un an. Un beau (?) jour de je ne sais plus trop quand, en pleine conversation téléphonique avec Baker, notre Vénéré Rédac-Chef Whiskeyholic, le voilà qui m'annonce la sortie prochaine du premier album solo de Steven Wilson. Ma réaction immédiate fût la suivante : "un premier album solo !? Complètement idiot ! Un album solo de Wilson, ça existe depuis 1991 et ça s'appelle un disque de Porcupine Tree".

Fast Forward d'à peu près un an (ma mémoire des dates fait peur, hein ?). Mars 2009, sortie de Insurgentes, ou plutôt deuxième sortie puisque une édition ultra limitée vendue à prix d'or était disponible - façon de parler - dès la fin 2008. Au programme, une sorte de méga-compilation de tout ce qui a pu constituer la "galaxie Wilson" au cours de la dernière décennie : du metal, de la pop, du contemplatif, de l'électro, du minimalisme, du sautillant, du planant, et même un soupçon de jazz un peu chiant (qui a dit "forcément" ? Ah, pardon, c'est moi ! (NDBaker : Pffff ! Visualeux !)) . On pourrait sans doute facilement résumer cet album à une simple collection, ou plutôt à un Curriculum Vitae musical de son créateur, mais si l'on n'en est pas bien loin, il serait tout de même dommage de s'arrêter là.

En plus d'une production fastueuse, ne laissant aucun son au hasard et toujours au service des morceaux, outre un mixage multicanal fabuleux de spatialisation, immersif au possible et en tout cas largement supérieur aux travaux du genre effectués depuis la réédition de Stupid Dream, on trouvera avant tout dans Insurgentes un album d'une incroyable diversité, et malgré cela d'une stupéfiante cohérence. Comme si les différents genres explorés n'étaient "que" le résultat d'une seule et même ligne directrice musicale s'exprimant de toutes les manières possibles… Un peu à l'image de Chinese Democracy serais-je tenté d'écrire, bien que cette comparaison entre "l'artisan" Wilson et la "machine" de Rose risque de m'attirer de nouvelles menaces de cassage de genou (puis bon, Apple et Nintendo ont une image d'artisans, c'est dire ce que ça vaut…).

Insurgentes, c'est aussi une atmosphère saisissante, souvent pesante, d'où peuvent émerger de nombreux moments de grâce, ici de pure beauté (Veneno para las Hadas), là de transitions sonores et stylistiques audacieuses (Salvaging), et même parfois de simples refrains Pop (Harmony Korine). Bien sûr, "Wilson Oblige" (je vais perdre mon second genou avec cette fin de paragraphe), on n'échappera pas à quelques auto-citations parfois limite-limite. Ainsi la progression du jeu de piano sur la chanson titre ne sera pas sans rappeler "Collapse the Light into Earth" de In Absentia. De même, sans atteindre le niveau de recyclage de Nil Recurring et du "Normal Scandal (NDBaker : Oui, plutôt, oui)", je défie quelque fan de Ptree que ce soit de ne pas laisser échapper un "We lost the skyline" après le premier arpège de "Veneno…". Même son, quasi même suite d'accords… Même auteur ? Oups !

Alors que penser de ce Insurgentes ? Souvent fascinant, parfois un poil mou - ce doivent être les inspirations No-Man (hop, après les genoux, un coude en moins), généralement très bon… Beaucoup de bien, à pas mal d'égards, et un album qui s'écoutera sans doute souvent, pour en appréhender toute la profondeur, avec intérêt, passion pour certains… et aussi une pointe d'agacement.

Oui, d'agacement, le même genre d'agacement qu'ont ressenti les fans de Tears for Fears lorsque, contre toute logique, Roland Orzabal a choisi d'éditer Tomcats Screaming Outside sous son nom, quand celui de son "groupe" - qui n'en a jamais été un - s'imposait. Car c'est bel et bien à un album de Porcupine Tree auquel on a affaire avec Insurgentes. Un Porcupine Tree "virtuel", "alternatif" qui aurait enquillé directement après Lightbulb Sun tout en bénéficiant des acquis de In Absentia, Deadwing et Fear of a Blank Planet. Un Porcupine Tree en quelque sorte surgi d'une faille dimensionnelle, celui qui aurait dû être sans doute, en tout cas celui qui aurait pu être si Wilson n'avait commis, au tournant du millénaire, deux grossières erreurs (deuxième coude brisé, abdomen en vue).

La première, d'avoir tenté de faire croire que le projet Ptree était le groupe qu'il n'a jamais été (ou alors comme Nine Inch Nails, V.A.S.T. ou… Tears for Fears), la seconde d'avoir cloisonné ce "groupe" dans un seul genre musical, puis d'avoir, pour essayer de faire entrer dans la tête du public les deux erreurs précitées, imposé en live des setlist quasi révisionnistes, zappant en presque totalité les anciens albums (ceux d'avant 1999), ne correspondant plus à l'image "groupe de metal rock d'avant-garde" que Wilson a voulu donner au projet.

Constat sévère, sans doute, mais on aura beau dire, on aura beau aimer, voire adorer les albums depuis Stupid Dream - et c'est notre cas à DDS, la seconde partie de Stupid Dream exceptée - il y a quelque chose de tristement incontestable dans le fait que, question diversité, richesse, voire inspiration créatrice pure, le PTree 1999-2007 fait tout de même bien pâle figure face au PTree polymorphe 1991-1996, lequel enchaînait en seulement 5 ans un On the Sunday of Life complètement barré, un Voyage 34 monumental, un Up the Downstair fascinant (pour peu que l'on évite la réédition 2005, laissez-moi finir avant de me casser les doigts SVP), un The Sky Moves Sideways onirique et un Signify toujours indétrôné, sans oublier plusieurs EP énormes (Yellow Hedgerow Dreamscape et Staircase Infinities), le tout sans que jamais deux chansons ne se ressemblent, ou presque (non, pas les pics à oeil, soyez sympa !).

Avec Insurgentes, c'est un peu cette ancienne époque que Wilson redécouvre avec nous, cette période de fusion totale des genres où chacune de ses influences, chacune de ses envies pouvait s'exprimer librement, se retrouver dans n'importe lequel de ses projets, où Metal, Pop, Electro, Krautrock ou "Art Pop" n'équivalaient pas forcément à Porcupine Tree, Blackfield, Bass Communion, IEM ou No-Man. Il n'y a donc plus, en attendant que le premier intéressé lui-même n'ouvre les yeux, qu'à apprécier l'universalisme musical retrouvé le temps de cet album et, pour reprendre le concept de nos confrères de Crossroad, à le ranger entre Lightbulb Sun et In Absentia… Ou à la suite de Fear ? Réponse en septembre.

, en route pour l'hôpital.
13-03-2009

2008 - Royaume-Uni (et un peu Mexique)


01. Harmony Korine
02. Abandoner
03. Salvaging
04. Veneno para las hadas
05. No twilight within the courts of the sun
06. Significant other
07. Only child
08. Twilight coda
09. Get all you deserve
10. Insurgentes


Steven Wilson - Chant, claviers, guitare, basse, percussions   
   Gavin Harrison - Batterie
Theo Travis - Flute, clarinette   
   Dirk Serries, Mike Outram - Guitare
Tony Levin - Basse   
   Sand Snowman - Guitare, recorder
Jordan Rudess - Claviers   
   Clodagh Simmonds, Susana Moyaho - Chant
Michiyo Yagi - Koto basse